Vitamine B1 — Thiamine
Fiche complète sur la vitamine B1 (thiamine) : rôles dans le métabolisme glucidique, sources alimentaires, apports recommandés, béribéri, encéphalopathie de Wernicke et groupes à risque.
Vitamine B1 — Thiamine
Fiche d’identité
| Propriété | Valeur |
|---|---|
| Nom commun | Vitamine B1 |
| Nom scientifique | Thiamine |
| Famille | Vitamine hydrosoluble du groupe B |
| Découverte | Début XXe siècle (Christiaan Eijkman, Prix Nobel 1929) |
| Forme active | Thiamine diphosphate (ThDP), anciennement thiamine pyrophosphate (TPP) |
| Stockage | Très limité (foie, muscles, cerveau) — réserves épuisables en 18–20 jours |
Rôles biologiques dans l’organisme
La thiamine est indispensable à plusieurs processus métaboliques fondamentaux, en particulier ceux impliquant le métabolisme des glucides.
1. Coenzyme du métabolisme glucidique
Sous sa forme active (ThDP), la thiamine est un cofacteur essentiel de plusieurs complexes enzymatiques :
- Pyruvate déshydrogénase : convertit le pyruvate (produit final de la glycolyse) en acétyl-CoA pour entrer dans le cycle de Krebs. Sans thiamine, le pyruvate s’accumule et est converti en lactate, causant une acidose lactique.
- Alpha-cétoglutarate déshydrogénase : étape clé du cycle de Krebs, produisant de l’énergie sous forme de NADH.
- Transcétolase : enzyme de la voie des pentoses phosphates, impliquée dans la synthèse des nucléotides et des acides gras.
En résumé : sans thiamine, la cellule ne peut pas produire d’énergie efficacement à partir des glucides.
2. Transmission nerveuse
La thiamine intervient dans la synthèse et la libération de l’acétylcholine, le principal neurotransmetteur du système nerveux parasympathique et des jonctions neuromusculaires. Elle joue également un rôle structural dans les membranes neuronales.
Le cerveau et le système nerveux sont particulièrement sensibles à la carence en thiamine car ils dépendent presque exclusivement du glucose comme source d’énergie.
3. Soutien cardiovasculaire
La thiamine contribue au bon fonctionnement du muscle cardiaque. Une carence sévère peut provoquer une insuffisance cardiaque (forme “humide” du béribéri).
Sources alimentaires
| Aliment | Thiamine (mg/100g) | Remarques |
|---|---|---|
| Levure de bière (sèche) | 10–20 | Complément concentré |
| Germe de blé | 1,9 | Retiré lors du raffinage de la farine |
| Graines de tournesol | 1,5 | Aussi riche en vitamine E |
| Côte de porc | 0,95 | Bonne source animale |
| Flocons d’avoine | 0,59 | Accessible et peu coûteux |
| Riz complet (cuit) | 0,20 | Riz blanc : 0,02 mg (90% perdu au raffinage) |
| Pain complet | 0,30 | Pain blanc : ~0,10 mg |
| Lentilles (cuites) | 0,17 | Bonne source végétale, aussi riche en B9 |
| Pomme de terre (cuite) | 0,15 | Aliment de base en Suisse romande |
| Haricots blancs (cuits) | 0,24 | Légumineuses en général bonnes sources |
Pertes à la cuisson : la thiamine est très sensible à la chaleur et à l’eau de cuisson. La cuisson à l’eau peut détruire 25–50% de la thiamine. La cuisson à la vapeur préserve mieux.
Le raffinage des céréales : le blanchiment du riz et le raffinage du blé (farine blanche) éliminent 70 à 90% de la thiamine présente dans le grain complet. C’est pourquoi les céréales complètes sont systématiquement à privilégier.
Apports journaliers recommandés
| Population | AJR (Thiamine) |
|---|---|
| Homme adulte (18–65 ans) | 1,3 mg/jour |
| Femme adulte (18–65 ans) | 1,0 mg/jour |
| Femme enceinte | 1,5 mg/jour |
| Femme allaitante | 1,3 mg/jour |
| Adolescent (15–18 ans) | 1,3 mg/jour (garçons), 1,0 mg/jour (filles) |
| Personnes âgées > 65 ans | 1,1–1,3 mg/jour |
Source : EFSA Dietary Reference Values (2016), recommandations SSN/SGE.
Les besoins en thiamine augmentent proportionnellement à l’apport en glucides et à l’intensité de l’activité physique. Une alimentation riche en sucres raffinés sans apport adéquat en thiamine est particulièrement problématique.
Signes de carence
La carence en thiamine se manifeste sous deux formes cliniques principales, regroupées sous le terme béribéri.
Béribéri “sec” (neuritis périphérique)
- Neuropathie périphérique (fourmillements, engourdissements, douleurs dans les membres)
- Faiblesse et atrophie musculaire
- Difficultés à marcher
Béribéri “humide” (cardiovasculaire)
- Insuffisance cardiaque congestive
- Œdèmes des membres inférieurs
- Tachycardie
Historiquement, le béribéri était endémique en Asie du Sud-Est où le riz blanc raffiné était la base alimentaire. La maladie a quasiment disparu avec l’enrichissement des céréales et la diversification alimentaire.
Encéphalopathie de Wernicke-Korsakoff
La forme neurologique aiguë de la carence sévère en thiamine s’appelle encéphalopathie de Wernicke. Elle constitue une urgence médicale, principalement observée chez les personnes alcoolodépendantes (l’alcool réduit l’absorption intestinale de la thiamine et augmente son catabolisme).
Triade de Wernicke :
- Confusion mentale et désorientation
- Troubles de la motricité oculaire (nystagmus, ophtalmoplégie)
- Troubles de l’équilibre (ataxie)
Non traitée, elle évolue vers le syndrome de Korsakoff : amnésie antérograde irréversible (incapacité à former de nouveaux souvenirs) et confabulation.
Traitement : injection intraveineuse de thiamine à hautes doses en urgence.
Risques d’excès / Toxicité
La thiamine est très bien tolérée. Aucun seuil de toxicité n’a été établi par l’EFSA pour la thiamine alimentaire ou en supplémentation orale à des doses raisonnables. Des doses très élevées administrées par voie intraveineuse peuvent rarement provoquer des réactions anaphylactiques.
Groupes à risque de carence
- Personnes alcoolodépendantes : risque élevé de carence sévère (Wernicke-Korsakoff)
- Personnes sous nutrition artificielle (alimentation parentérale non enrichie)
- Patients gastrectomisés ou après chirurgie bariatrique
- Populations à base alimentaire de riz blanc non enrichi (moins pertinent en Suisse)
- Personnes âgées avec alimentation insuffisante ou peu variée
- Personnes souffrant de malabsorption (maladie cœliaque, MICI)
- Personnes consommant beaucoup de thé et café : les tanins et les polyphénols réduisent légèrement l’absorption
Interactions avec d’autres nutriments
- Magnésium : cofacteur des enzymes thiamine-dépendantes. Une carence en magnésium peut aggraver les effets d’une carence en thiamine. → voir le chapitre minéraux
- Glucides : un excès de glucides raffinés sans apport proportionnel en thiamine crée un déséquilibre.
- Alcool : antagoniste majeur de l’absorption et du métabolisme de la B1.
- Vitamines B2, B3 : toutes impliquées dans le métabolisme énergétique — leur efficacité est interdépendante.
- Vitamine B9 (folate) et B12 : souvent déficientes conjointement en cas d’alcoolisme chronique.
Le saviez-vous ?
La découverte de la thiamine est directement liée à l’observation du béribéri chez les marins asiatiques consommant du riz blanc poli. Le médecin hollandais Christiaan Eijkman remarqua que les poulets de l’hôpital de Batavia (Jakarta) développaient des symptômes similaires au béribéri quand on les nourrissait avec les restes de riz blanc des patients, et guérissaient en mangeant du riz complet. Cette observation, récompensée du Prix Nobel de Physiologie ou Médecine en 1929, a posé les bases du concept de vitamines.
Sources et références
- European Food Safety Authority (EFSA) — Dietary Reference Values for thiamin, 2016
- Société Suisse de Nutrition (SSN/SGE) — www.sge-ssn.ch
- Office fédéral de la santé publique (OFSP) — www.ofsp.admin.ch
- valeursnutritives.ch — base de données suisse de composition des aliments
- Lonsdale D. (2006). A review of the biochemistry, metabolism and clinical benefits of thiamine and its derivatives. Evidence-Based Complementary and Alternative Medicine.
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