La nouvelle pyramide alimentaire suisse : ce qui change en 2025

La nouvelle pyramide alimentaire suisse : ce qui change en 2025

La pyramide alimentaire suisse est l’un des outils de référence les plus connus en matière de nutrition. Publiée par la Société Suisse de Nutrition (SSN) et soutenue par l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV), elle sert de boussole pour des millions de personnes en Suisse. En 2025, elle a fait l’objet d’une révision substantielle. Voici ce qui change — et pourquoi cela vous concerne directement.

Pourquoi réviser la pyramide alimentaire ?

La nutrition est une science vivante. Les connaissances évoluent, les études s’accumulent, et les préoccupations de santé publique se transforment. La révision de 2025 intègre deux dimensions qui étaient jusqu’ici peu présentes : d’une part, les nouvelles données issues de la recherche en nutrition et en prévention des maladies chroniques, d’autre part, les enjeux de durabilité environnementale.

La SSN s’est alignée sur les recommandations récentes de l’OMS et a tenu compte des travaux du groupe d’experts EAT-Lancet, qui préconise une alimentation davantage végétale pour concilier santé humaine et limites planétaires. Ce double objectif — nutrition optimale et empreinte écologique réduite — est désormais explicitement intégré dans la nouvelle pyramide.

Les grands changements à retenir

1. Les légumineuses montent en grade

L’une des modifications les plus visibles concerne la place accordée aux légumineuses — lentilles, pois chiches, haricots, fèves, édamame. Alors qu’elles figuraient auparavant de manière discrète dans la catégorie des protéines, elles occupent désormais une position centrale et sont recommandées plusieurs fois par semaine.

Pourquoi ce changement ? Les légumineuses combinent des qualités rarement réunies dans un seul aliment : protéines végétales de bonne qualité, fibres alimentaires, minéraux (fer, zinc, magnésium) et index glycémique bas. Des méta-analyses récentes montrent leur rôle protecteur contre les maladies cardiovasculaires et le diabète de type 2. En Suisse romande, où les lentilles du Valais ou les haricots produits localement sont disponibles, il est tout à fait réaliste d’en consommer régulièrement.

2. Les produits laitiers revus à la baisse

Longtemps érigés au rang d’incontournables avec trois portions quotidiennes, les produits laitiers ont été revus à la baisse. La nouvelle recommandation est de deux portions par jour — et non trois — de lait, yaourt, fromage ou fromage blanc. Cette évolution reflète un consensus croissant dans la littérature scientifique : si les produits laitiers fermentés (yaourt, fromage) présentent des bénéfices documentés, la consommation de lait entier en grande quantité n’est plus considérée comme indispensable pour la santé osseuse.

Il est important de souligner que cette révision ne signifie pas que les produits laitiers sont « mauvais ». Le fromage suisse — gruyère, emmental, raclette — reste une excellente source de calcium et de protéines. Il s’agit simplement d’une recalibration vers une consommation plus modérée et équilibrée.

3. La viande rouge encore plus en retrait

La nouvelle pyramide confirme et renforce la tendance amorcée lors de la précédente révision : la viande rouge et les charcuteries doivent être consommées de manière très limitée, idéalement pas plus d’une à deux fois par semaine. Les données épidémiologiques associant la viande transformée (saucisses, viande séchée, salami) à un risque accru de cancer colorectal sont désormais bien établies — classées comme cancérogènes avérés par le CIRC (Centre International de Recherche sur le Cancer).

Pour autant, la SSN ne prêche pas le végétarisme obligatoire. Elle recommande simplement de privilégier la volaille, le poisson et les protéines végétales en remplacement partiel de la viande rouge.

4. L’accent mis sur la durabilité

C’est une nouveauté importante : pour la première fois, la pyramide alimentaire suisse intègre explicitement une dimension environnementale. Des pictogrammes ou des mentions associent désormais certains aliments à leur empreinte carbone ou à leur impact sur l’utilisation des terres et de l’eau.

Concrètement, cela signifie que choisir des légumineuses suisses plutôt que du bœuf importé, ou privilégier les céréales complètes locales plutôt que les produits ultra-transformés, répond à la fois à des critères nutritionnels et écologiques. Cette intégration est cohérente avec la Stratégie Suisse de nutrition 2017-2024 prolongée, qui inscrit la durabilité au cœur des choix alimentaires.

Ce qui ne change pas

Il serait faux de présenter cette révision comme une révolution totale. Plusieurs piliers restent stables :

  • L’eau comme boisson principale : 1,5 à 2 litres par jour, en privilégiant l’eau du robinet — excellente qualité en Suisse.
  • Les fruits et légumes en abondance : 5 portions par jour, dont au moins 3 de légumes, restent la base de toute alimentation saine.
  • Les céréales complètes à chaque repas : pain complet, flocons d’avoine, riz brun, pâtes complètes. La qualité des fibres qu’elles apportent est irremplaçable.
  • Les huiles végétales de qualité : l’huile de colza suisse (riche en oméga-3) et l’huile d’olive restent les corps gras recommandés.

Impacts pratiques pour le consommateur suisse

Que faire concrètement avec ces nouvelles recommandations ? Voici quelques pistes adaptées à la réalité du quotidien en Suisse romande :

Introduire les légumineuses progressivement. Si vous n’avez pas l’habitude d’en manger, commencez par de petites quantités pour laisser votre flore intestinale s’adapter. Une portion de lentilles corail dans une soupe, des pois chiches rôtis en collation, ou un houmous maison sont d’excellents points de départ.

Revoir ses portions de viande. Une steak de 200 g tous les jours n’est plus dans les recommandations. Essayez de réserver la viande rouge à une ou deux fois par semaine, et explorez les alternatives : tofu lacto-fermenté, seitan, œufs bio, poisson MSC.

Ne pas supprimer les produits laitiers, mais les choisir mieux. Deux portions de qualité valent mieux que trois portions de produits transformés sucrés. Un yaourt nature entier et un morceau de fromage à pâte dure couvrent les besoins en calcium de manière optimale.

Cuisiner avec la saisonnalité suisse. La pyramide révisée s’inscrit dans une logique de durabilité qui favorise les produits locaux et de saison. Les marchés en Suisse romande, les paniers de l’AMAP ou les labels comme IP-Suisse facilitent cet ancrage local.

Le lien entre la pyramide et votre assiette réelle

La pyramide alimentaire est un outil de communication, pas un protocole rigide. Elle donne des orientations générales, pas des prescriptions à la gramme près. L’objectif est que, sur une semaine, votre alimentation se rapproche des proportions représentées dans la pyramide — pas que chaque repas soit parfait.

Si vous souhaitez approfondir la façon dont ces recommandations se traduisent en macronutriments — glucides, protéines, lipides — et comprendre les mécanismes biologiques derrière ces conseils, explorez nos modules de formation. Par exemple, le module sur les glucides détaille pourquoi les céréales complètes sont supérieures aux céréales raffinées, ou encore le module sur les protéines pour comprendre comment couvrir vos besoins sans dépendre uniquement de la viande.

Conclusion

La révision 2025 de la pyramide alimentaire suisse marque un tournant : elle ne se contente plus de dicter ce qui est bon pour la santé individuelle, elle intègre ce qui est bon pour la planète. Les deux messages clés à retenir sont : mangez plus de légumineuses et réduisez la viande rouge. Ces changements sont appuyés par des preuves scientifiques solides et accessibles à tous les budgets, à condition de cuisiner un peu plus et de planifier ses repas.

La SSN met régulièrement à jour ses ressources sur www.sge-ssn.ch, où vous trouverez la pyramide en version imprimable, des fiches pratiques et des conseils personnalisés. Prenez le temps de vous y référer — c’est un outil conçu pour vous, en tenant compte du contexte suisse.